mardi, 04 avril 2006
Les acquis sociaux
On parle beaucoup ces derniers temps des acquis sociaux. Qu'on en parle, c'est très bien, mais ce qui est aussi important est la manière dont on en parle.
Il existe, à mon avis, des acquis sociaux légitimes, à partir du moment où ils se font dans le cadre d'un marché concurrentiel libre sur la base d'une augmentation de certains facteurs économiques (productivité, compétitivité, etc.) Dès qu'on détache l'idée d'acquis des réalités économiques, la discussion devient vide de contenu, et la place libre laissée par l'économie est vite remplie avec de l'idéologie. Beaucoup d'idéologie.
Les manifestants anti-CPE et les syndicats ont tendance à parler des acquis sociaux dans un cadre téléologique d'inspiration marxiste où les acquis sociaux ne devraient cesser d'augmenter indépendamment des réalités économiques du présent. D'où les élucubrations sur le retour au 19e siècle en matière de droits des employés. En réalité, le CPE n'a rien d'une régression, il est juste une adaptation réaliste à la situation économique de la France. Il peut être perçu comme une régression uniquement si l'on porte les oeillères de cheval du déterminisme historique de la lutte des classes. Dans cette optique, les droits sociaux, une fois acquis, deviennent immuables et ils consacrent la fin de l'histoire après la "victoire finale" des ouvriers. Or, l'histoire est rétive et elle n'accepte pas les finalités (que ce soit la finalité marxiste ou la fin de l'histoire à la Francis Fukuyama). Le (ou la) "rêve générale" n'est donc pas une suite à la pseudo-épopée du prolétariat, elle est tout simplement une pseudo-lutte stérile contre les réalités présentes et contre la raison.
20:05 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Actualités
Méchant patron, méchant
Je ne sais pas si je devrais être amusé ou embêté quand j'entends ces manifestants anti-CPE parler des "patrons" qui "exploitent" leurs employés et qui "osent" gagner davantage que les ouvriers.
Je suis loin, très très loin d'être un patron. Au contraire, sociologiquement parlant, je suis plus proche des étudiants. Cela étant dit, il y a une chose qui me dérange dans cette vision très caricaturale des chefs d'entreprise: les étudiants n'y voient que les avantages, mais ils ne voient pas les risques que les patrons prennent pour faire tourner leurs boîtes.
Oui, parlons aussi des efforts et des risques, pas seulement des avantages. Un patron qui vient de faire un prêt à la banque de disons 100.000 euros pour créer une société, risque cent fois plus que ses employés. S'il perd, il aura beaucoup plus à perdre que l'employé lambda qui vient de perdre son boulot. Les deux situations sont désagréables, certes, mais perdre 100.000 euros, c'est quand même plus tragique que perdre 2.000 euros pendant quelques mois. Puisque les risques sont plus grands, c'est normal que les gains soient aussi plus conséquents.
"Mais non", diront nos étudiants, "il faut qu'on partage les fruits du travail d'une manière égale". Et les risques, ils veulent bien les partager aussi? Ah non? C'est ce qu'on appelle vouloir le beurre et l'argent du beurre.
02:25 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ECONOMIE
lundi, 03 avril 2006
Du bon usage du mot "facho"
L'utilisation du mot facho en France est pour le moins surprenante. -Tu es pour la privatisation de la SNCF? Tu es un facho! -Tu es pour le CPE? Tu es un facho libéral! -Tu vas à l'église? Tu es un facho chrétien conservateur!
Bref, le mot facho sert tout simplement à disqualifier son adversaire, à lui signifier que ses idées sont fâcheuses, qu'il ne partage pas la pensée unique du gauchiste de base et qu'il a intérêt à rejoindre le plus vite possible les rangs du groupe dominant. C'est une notion qui non seulement ignore les différences entre les différents types de droite (la droite libérale - dont je me réclame, la droite conservatrice, l'extrême droite, etc.), mais qui disqualifie en bloc tout ce qui "ose" ne pas être à gauche. Cette notion, loin d'ouvrir le débat, ne fait que le fermer.
16:30 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

